

Transmission familiale, participations internationales : cas où une holding andorrane a du sens, et cas où elle est superflue.
Contenu vérifié par l'équipe juridique et fiscale de ProGestió Andorra — Dernière mise à jour :
La holding andorrane revient souvent dans les discussions entre entrepreneurs et familles qui structurent leur patrimoine international. Le terme circule beaucoup, parfois à tort et à travers, comme une solution universelle à toute problématique de détention de participations. En réalité, une holding en Andorre n’a d’utilité que dans des configurations précises : transmission familiale organisée, centralisation de participations dans plusieurs pays, ou protection d’un patrimoine d’entreprise appelé à durer plusieurs générations. Dans beaucoup d’autres cas, elle ajoute une couche de complexité et de coûts sans bénéfice réel. Cet article détaille les cas où une holding a du sens, ceux où elle est superflue, et les conditions légales à respecter pour que la structure fonctionne réellement.
Une holding est une société dont l’objet est de détenir des participations dans d’autres sociétés, plutôt que d’exercer directement une activité commerciale. En Andorre, il n’existe plus de statut juridique ou fiscal spécifique baptisé « société holding ». Aujourd’hui, il n’existe plus de régime distinct de « société holding » : toutes les sociétés andorranes peuvent appliquer les exonérations générales prévues par la loi sur l’impôt sur les sociétés, sous réserve de remplir certains critères. Concrètement, une holding andorrane est simplement une société limitée (SL) ou anonyme (SA) de droit commun, dont l’activité consiste à détenir des titres d’autres sociétés et à percevoir les dividendes ou plus-values qui en découlent.
Cette précision a son importance : contrairement à une idée répandue, créer une holding en Andorre ne consiste pas à souscrire à un « régime spécial », mais à constituer une société ordinaire et à démontrer, année après année, qu’elle remplit les conditions d’exonération prévues par la loi. C’est ce mécanisme d’exonération, et les conditions qui l’encadrent, qui déterminent si la holding est réellement utile.
Le texte de référence est la Llei 95/2010, du 29 de desembre, de l’impost sobre societats, qui fixe le taux général de l’impôt sur les sociétés à 10 %. Son article 20 prévoit une exonération pour éviter la double imposition économique sur les dividendes et les plus-values de cession de participations. Cet article a été modifié à deux reprises : par la Llei 6/2018, du 19 d’abril 2018, puis par la Llei 5/2023, du 19 de gener 2023, dans le cadre de la réforme de la fiscalité directe.
Concrètement, les dividendes perçus par une société andorrane sur ses participations, ainsi que les plus-values réalisées lors de la cession de ces participations, peuvent être exonérés d’impôt sur les sociétés si deux conditions cumulatives sont remplies : le pourcentage de participation, directe ou indirecte, doit être au moins de 5 % et cette participation doit être détenue de manière ininterrompue pendant au moins un an, et la société participée doit être soumise à un impôt comparable à l’impôt andorran sur les sociétés dans son pays de résidence. C’est cette exonération qui, en pratique, évite une double imposition économique : le bénéfice a déjà été taxé au niveau de la filiale, il n’est pas taxé une seconde fois au niveau de la holding andorrane.
Un point est trop souvent minimisé dans les présentations commerciales de la holding andorrane : l’exonération n’est jamais automatique. Le fisc andorran exige une substance économique réelle. Une holding andorrane ne peut se contenter d’être une adresse postale et un compte bancaire. Elle doit disposer d’un domicile social réel en Andorre, d’un administrateur ou représentant local, et démontrer que les décisions de gestion significatives sont effectivement prises depuis le Principat. Sans cette substance, l’administration fiscale peut requalifier la structure et refuser le bénéfice de l’exonération, avec toutes les conséquences fiscales et les pénalités que cela implique.
C’est précisément ce point qui sépare les cas où la holding est utile de ceux où elle devient une coquille vide inutilement coûteuse : une holding qui ne pilote rien, qui ne prend aucune décision, et qui existe uniquement sur le papier n’apporte aucun avantage réel et expose son fondateur à un risque de requalification.
Le premier cas d’usage réellement pertinent est la transmission patrimoniale entre générations. Une famille qui détient plusieurs sociétés opérationnelles, dans un ou plusieurs pays, peut loger ces participations dans une holding andorrane unique. Les avantages sont multiples :
Dans ce cas, la holding familiale Andorre agit comme un point de centralisation unique et durable, pensé pour survivre au fondateur et organiser la gouvernance sur plusieurs générations.
Le deuxième cas typique concerne l’entrepreneur ou l’investisseur qui détient des participations dans plusieurs sociétés opérationnelles réparties dans différents pays — par exemple une société commerciale en Espagne, une société de services en France, et une participation minoritaire dans une entreprise tierce. Loger ces participations sous une holding unique en Andorre permet de :
C’est le cas d’usage le plus fréquent chez les investisseurs qui souhaitent structurer un portefeuille de participations actives, et non de simples titres financiers passifs.
Une holding peut aussi avoir une utilité purement défensive : séparer la détention du capital de l’exploitation opérationnelle. Si une société opérationnelle rencontre des difficultés (litige commercial, procédure collective), la holding, en tant qu’actionnaire distinct, protège en principe les autres participations du groupe et le patrimoine personnel du dirigeant, ce dernier n’étant responsable qu’à hauteur de ses apports dans la structure. Ce cas se justifie surtout à partir du moment où le groupe compte plusieurs filiales à risques disparates : commerce, immobilier, activité de services, etc.
À l’inverse, la holding est clairement superflue pour l’entrepreneur individuel qui exploite une seule société opérationnelle en Andorre, sans filiale ni participation croisée. Ajouter une holding au-dessus d’une SL unique génère :
Dans ce cas, la société opérationnelle seule — SL ou SA selon la taille du projet — suffit largement. La holding n’a de sens qu’à partir du moment où il existe plusieurs participations à consolider, ou une problématique de transmission à anticiper.
Autre cas fréquent de holding superflue : l’investisseur qui détient un unique actif financier ou immobilier, sans intention de le faire fructifier via des filiales additionnelles. Interposer une holding andorrane entre cet actif unique et son propriétaire n’apporte, dans ce cas précis, ni simplification de gestion ni optimisation réelle, puisque le mécanisme d’exonération de l’article 20 ne trouve à s’appliquer que sur des flux de dividendes ou de plus-values de cession de titres — pas sur la détention directe d’un bien immobilier, par exemple, qui relève d’une logique de société patrimoniale plutôt que de holding stricto sensu.
| Profil / situation | Holding andorrane pertinente ? | Raison principale |
|---|---|---|
| Famille avec plusieurs sociétés à transmettre | Oui | Centralisation de la gouvernance et de la succession |
| Entrepreneur avec participations dans plusieurs pays | Oui | Consolidation des dividendes, exonération sous conditions |
| Groupe avec filiales à risques disparates | Oui, à évaluer | Séparation capital / exploitation |
| Entrepreneur avec une seule société opérationnelle | Non | Duplication de coûts sans bénéfice fiscal |
| Investisseur détenant un actif unique | Non | Le mécanisme d’exonération ne s’applique pas à un actif isolé |
| Détention d’un bien immobilier unique | Non (société patrimoniale plus adaptée) | Logique patrimoniale différente de la holding de participations |
Depuis la Llei 5/2023, du 19 de gener 2023, un nouvel article 17 bis a été introduit dans la Llei 95/2010. Il instaure un régime de transparence fiscale visant les entités étrangères contrôlées à faible fiscalité. Ce mécanisme oblige le contribuable andorran à intégrer dans sa propre base d’imposition les revenus passifs (dividendes, intérêts, redevances, plus-values sur participations) générés par une filiale étrangère insuffisamment taxée dans son pays d’origine. Autrement dit, une holding andorrane qui contrôlerait une filiale « boîte aux lettres » installée dans une juridiction à fiscalité nulle, sans substance réelle, verrait les revenus de cette filiale directement imposés en Andorre, sans possibilité de différer l’imposition. Ce garde-fou aligne le régime andorran sur les standards internationaux de lutte contre l’érosion de la base fiscale.
Autre point de vigilance pour les holdings qui financent leurs acquisitions de participations par emprunt : la Llei 5/2023 a introduit un nouvel article 14 dans la Llei 95/2010, limitant la déduction des charges financières nettes à 30 % du résultat comptable corrigé de l’exercice. Ce plafond concerne directement les structures qui utilisent l’effet de levier pour financer la prise de participations, et doit être anticipé dans le montage financier d’une holding qui recourt à la dette.
Sur le plan juridique, une holding andorrane se constitue comme n’importe quelle société de droit commun, sous la forme d’une SL ou d’une SA, régies par la Llei 20/2007, du 18 d’octubre, de societats anònimes i de responsabilitat limitada. Le capital social minimum est de 3 000 euros pour une SL, contre 60 000 euros pour une SA. Le choix entre les deux formes dépend surtout de la taille du groupe, du nombre d’associés prévus et de l’image institutionnelle recherchée — une SA étant souvent privilégiée pour des structures de holding destinées à accueillir plusieurs investisseurs ou un actionnariat élargi.
Avant de constituer une holding en Andorre, quelques questions doivent être tranchées avec un conseil :
Une holding andorrane est-elle utile pour un entrepreneur qui démarre seul son activité ? Non, dans la plupart des cas. Tant qu’il n’existe qu’une seule société opérationnelle, sans filiale ni participation croisée, la holding ajoute une comptabilité et une déclaration fiscale supplémentaires sans apporter d’avantage fiscal réel.
Quelle est la différence entre une holding et une société patrimoniale en Andorre ? La holding détient des participations dans d’autres sociétés et bénéficie, sous conditions, du mécanisme d’exonération des dividendes et plus-values prévu par l’article 20 de la Llei 95/2010. La société patrimoniale détient plutôt des actifs directs, notamment immobiliers, et relève d’une logique différente, sans le même mécanisme d’exonération sur flux de participations.
Quel pourcentage de participation faut-il détenir pour bénéficier de l’exonération sur les dividendes ? La participation, directe ou indirecte, doit être d’au moins 5 % du capital de la filiale, et détenue de manière continue pendant au moins un an, avant la distribution du dividende ou la cession des titres.
Une holding andorrane doit-elle avoir des employés en Andorre ? La loi n’impose pas un nombre minimum de salariés, mais elle exige une substance économique réelle : domicile social effectif, administrateur ou représentant local, et prise de décision effective en Andorre. L’absence de substance expose à un refus de l’exonération fiscale.
Une holding andorrane permet-elle d’éviter tout impôt sur les dividendes reçus de l’étranger ? Pas automatiquement. L’exonération dépend du respect cumulé des conditions de participation, de durée de détention, et du niveau d’imposition de la filiale dans son pays de résidence. Une filiale installée dans une juridiction à très faible fiscalité peut, en outre, tomber sous le régime de transparence fiscale introduit par la Llei 5/2023, ce qui neutraliserait l’avantage recherché.
Faut-il un capital minimum spécifique pour créer une holding en Andorre ? Non, le capital minimum est celui de la forme juridique choisie : 3 000 euros pour une SL, 60 000 euros pour une SA. Il n’existe pas de capital minimum distinct propre à l’usage « holding ».
Chiffres et seuils basés sur la réglementation en vigueur à la date de publication (1 septembre 2026), sous réserve d’évolutions légales. À vérifier auprès de votre conseiller avant toute décision.
Pour aller plus loin : Holding en Andorre, Société patrimoniale en Andorre, Coût de création d’une holding en Andorre, Holding patrimoniale en Andorre, Investir en Andorre, S’installer en famille en Andorre.
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